De Bakou à Venise : 6 artistes contemporains en provenance de la terre de feu

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Farid Rasulov, Carpet Interior, 2013, Steel frame, handmade carpet, wood panels and furniture covered with carpet printed on textile; 460x690x220 cm

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Rashad Alakbarov, Miniature, 2013, iron, projector, 180 x 120 x 100 cm

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Rashad Alakbarov, Intersection, 2013, Iron, projector; 240x240x120 cm

« Au carrefour de l’Orient et de l’Occident, l’Azerbaïdjan est entouré par de nombreux pays et composé de différentes cultures. Les habitants ont toujours été en contact avec des commerçants arabes, chinois, russes, slaves ou autres qui ont progressivement introduit des produits tels que le café, le thé ou le bortsch. Plus tard, avec le développement de l’industrie pétrolière (19ème-20ème siècles), de nouvelles influences ont fait leur apparition… »

-Pause- dans la lecture du communiqué de presse que l’on nous met dans la main à l’entrée du pavillon. Voilà le topo :

Ce matin, visite du pavillon Azerbaïdjan dont l’ornementation est un aspect principal de la culture car elle touche à l’identité même du pays et à la transmission de ces codes à travers les générations. ‘Carpet interior’ est une oeuvre imaginée par l’artiste Farid Rasulov qui fait figure de pièce maitresse, tapissant les murs du hall d’entrée, un peu à la façon d’un Rudolf Stingel. On monte à l’étage et l’on découvre les splendides photographies de l’artiste designer Fakhriyya Mammadova qui a dérobé quelques instants de vie et d’allégresse. Puis on adopte le pas chaloupé de l’habitué des musées, les épaules hautes et la tête plongée dans le communiqué que l’on peine à déchiffrer. L’objectif est de traduire en ayant l’air décontracté, tout en essayant de trouver miraculeusement la solution dans les oeuvres…

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Rashad Alakbarov,  It is not chaos, 2013, Iron, projector; 230x100x120 cm
 
« La caractéristique linéaire de l’ornement est l’idée de l’infini de la vie… »

La caractéristique linéaire … hum hum… c’est long ce truc…

« Cette fonction a toujours été présente dans l’histoire de l’art national. Les arts décoratifs, dont l’histoire remonte au paléolithique, sont parmi les plus anciens langages visuels. Peintures et gravures rupestres (pétroglyphes) ont été découverts sur le site de Gobustan… »

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Chingiz, Blank History, 2013, Concrete, handmade woolen carpet, lime powder; floor installation 300×150 cm; carpet 200×300 cm

« Ces oeuvres montrent des scènes préhisto… »

Ah tiens… du sable !

Bon j’abandonne… de toute façon tout est sur le site et ce pavillon est à ne surtout pas manquer : http://www.azerbaijanvenicebiennale.com/

Petite explication entre gourmands

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Le partage peut revêtir de nombreuses définitions : on peut partager son appart’, son temps, sa vie, des envies, sa femme, un désaccord, son repas et de bonnes idées d’adresses à ce propos.

Une partie de ce blog se concentre sur la cuisine… des recettes testées par mes petites mains courageuses mais peu expérimentées ou des conseils pour une bonne bouffe (ou un petit grignotage) à faire dans des coins sympas : cela va de soit que mes papilles et mon estomac sont déjà bien plus entraînés en 28 ans de pratique quotidienne !

Et comme je ne souhaite pas me limiter aux lignes épaisses ou imaginaires des frontières, on voyagera de temps en temps, je l’espère…

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 Merci à Elena Valdré pour les photos de l’article.

Swimming poule

TheDeepEnd4Des vagues dans les cheveux, lunettes Chatel incrustées de perles, bikini blanc échancré, je sortais du swimming pool et me tenais tant bien que mal à l’échelle brûlante.

J’ai enfilé un peignoir blanc immaculé et regardé vers le bar. Il faisait un soleil de plomb, ma gorge était en feu. Impatiente, je guettais Kenny car je venais de me faire larguer par lui la nuit précédente. Au diable ce foutu pantin! J’étais désabusée mais ardente, belle à crever des cœurs à coups de talon Louboudin. Il me fallait tout de suite un verre.

Assise au bar, sur un tabouret en bois de roseau, je regardais machinalement vers le sol et m’occupais avec la paille de mon mojito framboise. Je tentais d’attraper les derniers glaçons restés intacts au fond. Une ombre grandissante me dérangea soudain pendant que je m’exerçais.  Je vis des pieds soignés que je ne connaissais pas, une bonne longueur de jambe, un maillot fleuri, le bronzage impeccable, un buste imberbe mais athlétique, le type surfeur australien sans visage car on ne distingue que les dents éclatantes, c’était toi… Tu m’as vite dit que tu t’appelais Johnny.

J’ai tenté de passé la main dans tes cheveux, je n’y arrivais pas à cause du gel coiffant. Tu m’as proposé un tour de side-car et j’ai dit « non j’ai la mienne ! » Tu as pris mes cuissardes roses en main et tu as embrayé la conversation sur l’hôtel. Tu sentais bon l’aqua kiss pacific et la menthe fraîche.

Depuis ce jour nous nous sommes plus quittés: Johnny & Barbie fo(nt)rever.

Voici une liste (non exhaustive) de films dont les réalisateurs ont choisi de mettre un coup de projecteur sur la piscine qu’on rêverait tous d’avoir dans son jardin l’été : un bassin avec ou sans débordements…

– La Piscine, un film français réalisé par Jacques Deray en 1969;

– Swimming pool, un film français de François Ozon en 2003;

– L’effrontée, un film réalisé par Claude Miller en 1985;

– Bathing beauty, un film musical réalisé par George Sydney en 1944;

– Deep end, réalisé par Jerzy Skolimowski et sorti en 1971;

– Naissance des pieuvres, film dramatique française réalisé par Céline Sciamma et sorti en 2007;

– Agua, film argentin réalisé par Veronica Chen en 2006;

– L’amie de mon ami, film de Rohmer en 1987;

– L’Odyssée de Pi, film d’aventure américain réalisé par Ang Lee en 2012 (Pi a été nommé en hommage à la piscine Molitor);

– Mélodie en sous-sol, la scène finale du film réalisé par Henri Verneuil en 1962;

– Lost in translation (2003), Somewhere (2010) ou Virgin Suicides (1999), films de Sofia Coppola;

– Scoop, de Woody Allen en 2006;

– Le fabuleux destin d’Amélie Poulain, de Jean-Pierre Jeunet en 2001…

Amsterdam

(c) Cécile Garmier

Aujourd’hui le ciel s’est obscurci puis progressivement le temps s’est transformé en un brumisateur géant.

C’est antédiluvien. On dirait que Dieu éternue sur ma tête en continu. Ce climat en ville donne des envies d’absence et de léthargie. Dans mes rêves, le temps pourrait alors s’étendre à sa guise et me dissoudre avec lui jusqu’au printemps. Au premier jour, je renaîtrais à l’intérieur d’une fleur de géranium.

J’ai rencontré le fils d’Ellen, la galeriste. Étrangement il a le même parfum (inconnu) que toi, ce qui m’a d’abord chaviré au point de devoir m’essuyer quelques larmes avec le revers de la manche. Finalement, quelques heures plus tard, je n’y pensais même plus.

Après ton texto, celui qui m’a coûté mon plus sincère sourire de la journée, j’ai lu ton post du 6 ou 7 janvier. J’avais l’impression d’être un peu dans tes pensées de cette manière. C’était tout simplement… beau, bien qu’incompréhensible par endroits. Je m’étonne d’avoir chaud aux joues quand je pense à toi. Rouge comme un polonais bourré dirait-on. Je ne commenterais pas plus car ton style ne mérite aucune vulgarité. J’ai juste envie de me laisser doucement imprégner en silence par l’encre de ton bic.

Tiens, ils viennent de casser une tasse dans le café où je suis. Fort heureusement car tu m’attendris trop depuis le début. Je dois partir et te laisser à regret. Le sofa moelleux sur lequel je suis installée est fort cosy mais il plane ici comme une odeur de tarte brûlée aigre et écoeurante.

Joie de vivre

claude_leveque_Elle entre dans une pharmacie. Petit gibier, les jambes bien galbées, perchée sur des talons compensés en vinyle noir. Elle porte un top jaune fluo tombant négligemment sur une épaule et virevoltant plus bas sur sa croupe. De son postérieur aux lèvres, il n’y a pas beaucoup de chemin à parcourir. Ces fesses sont un héritage familial, tout comme ce petit buste qui porte encore les restes de sa dernière maternité. Même Shakira ou l’autre pimbêche de Beyoncé seraient vertes à la voir remuer sa plastique. Elle a la même aisance physique qu’avait sa mère, cette sorte de surinvestissement du corps qui fait de son apparence, sa meilleure pote. Un côté franchement vulgaire et agressif que l’on confond souvent en 2013 avec le charme. Elle porte une jupe serrée noire qui assume des hanches un peu épaisses et des bracelets de teintes contrastées aux poignets. Les cheveux sont lâchés et teints couleur chocolat avec les pointes brunes. C’est du Do it yourself  la coloration comme ils disent car elle l’a fait il y a deux mois avec un kit Cramier. Entre sa lèvre supérieure et l’aile nasale, on remarque un petit strass qui scintille sans limitation du jour ou de la nuit.

Dans la pharmacie, elle baye devant les cosmétiques tout en sachant qu’elle doit se hâter un peu. Elle a laissé la poussette à l’extérieur avec la petite cramponnée essayant de faire rire l’autre jeune pousse. Le rejeton suçote inlassablement une tétine sous la capote avec pourtant dans la main droite, une gaufrette qu’il tient bien serrée. La gamine est très agitée. Elle lui tourne autour et lui plaque de gros baisers humides sur les joues, le papouille mais sans parvenir à attirer l’attention du bambin. Celui-ci fixe sans cligner des yeux, le gros truc vert fixé au mur de la pharmacie qui clignote un temps sur deux. Les formes se fondent les unes dans les autres indéfiniment, disparaissent puis réapparaissent, ça c’est étonnant ! Elle, la mère, a un truc dans l’œil. Elle aimerait demander l’avis du pharmacien car ça pourrait tourner en quelque chose de moche. Il est vrai que ce mois-ci elle préfère éviter une consultation chez le médecin. Sans mutuelle, ça représente des frais qui s’accumulent et elle ne peut pas se permettre des dépenses superflues depuis que son mec a perdu son job. Et puis le centre médical, rue de Paris, pue la pisse. Elle a en horreur de voir tous ces viocs attendre sur des civières dans les couloirs. Ils lui foutent le cafard. Elle se dit qu’un jour, elle aussi pourrait se retrouver là-dessus à attendre qu’on vienne la chercher, le visage caché dans l’oreiller et le cul en l’air. Elle ne veut pas y mettre les pieds. Ne pas y penser. Qui sait si sa propre crise financière ne sera pas d’ici là qu’un mauvais souvenir ? Pour chaque problème, une solution, lui répétait toujours son unique grand-père. Pourtant les yeux sont sensibles et elle n’a pas envie que les choses partent en couilles pour une fois que la situation se rétablie. Elle sent désormais que les circonstances sont favorables mais elle ne veut pas tenter le sort. Elle se saisit d’un rimmel dont la publicité vante les mérites du système Scandaleyes Extra Wow Lash, un extraordinaire pouvoir de donner une courbe parfaite aux cils. 14,50 euros le rimmel ! Ça c’est du scandale en boîte pour un peu de noir sur les yeux. C’est presque autant que la part mutuelle qu’elle ne voulait pas payer. Tant pis, considérons que c’est un geste commercial et que de toute manière, elle a ce rendez-vous dans deux jours pour lequel il va falloir assurer.

L’offre parlait d’un taf de Responsable des caisses à Manop’. Manop’ putain ! C’est quand même déjà un peu plus la classe qu’Auchamps ! Et puis là c’est pas pareil, il ne s’agira plus d’un grand choix de caissières au meilleur prix. Ça sera le méga jackpot à la fin du mois ! Elle s’est vraiment battue pour cet entretien. Il faut voir que de nos jours, les employeurs recrutent presque les hôtesses de caisse à bac+2 alors un poste de responsable, qui pouvait imaginer un tel destin? De plus, l’annonce proposait un poste avec des responsabilités à la clé. Si elle réussit l’entretien, on la payera à surveiller les caisses automatiques. Depuis, elle relit chaque matin la newsletter de Paul Emploi et les principales règles pour réussir son rendez-vous d’embauche. Quel soulagement ça serait si elle n’avait plus à se payer la gueule enfarinée des clients du quartier.  Les mecs tout dégueu qui te voyant bloquée dernière ta caisse enregistreuse, te projettent leurs misérables tentatives d’approche en pleine gueule. Comme si les voir dégainer leur visa pouvait t’épater et te faire tomber raide love à leurs pieds. Ces types, on leurs mettrait bien à tous le même code barre dans le dos pour les placer ensuite au rayon de la viande de pig. Ou mieux, près des produits ménagers, on les disposerait juste à côté des sacs poubelles. Avec Manop’, fini tous ces crasseux qui lui tendaient une monnaie moite ou encore ces vieux bougres  qui rechignaient quand le pain industriel du matin n’avait pas été assez cuit. Au revoir les tocards qu’elle avait vu défiler pendant deux ans alors qu’elle travaillait chez Auchamps. Une période interminable pendant laquelle, elle avait répété des « bonjour » à la chaine, « vous avez la carte Auchamps ?, « c’est 18,50 euros », « oui pour la carte bleue ya pas de montant minimum », « c’est la politique du magasin j’y suis pour rien, faudra contacter la direction », « merci », « au revoir »,… Tu m’étonnes qu’elle tirait toujours la gueule. D’autant plus lorsqu’elle les entendait dire en partant « putain celle-là, aussi sympa qu’une porte de prison », «  pourtant avec le maquillage qu’elle se met elle doit pouvoir communiquer un truc » ou encore la même ritournelle « mais souris au moins quand t’es pas belle ! ». Là au moins, chez Manop’, on ne la fera plus chier. Elle a même réussi à négocier son samedi et son dimanche matin pour pouvoir s’occuper de la p’tite ou même prendre le déj’ au lit avec son homme…

« Ça fait 18,50 euros», dit le pharmacien qui la sort brusquement de sa rêverie. Le salop a quand même trouvé le moyen de lui refiler un collyre. Il ne l’a même pas ausculté. Elle paie et sort du magasin en faisant bien gaffe à la micro marche du perron. Une saloperie ces petites marches quand elles sont humides. Carrément traîtres et complètement casse-gueules. Une fois, en sortant de chez Nails’ bar, elle avait glissé comme ça, sans raisons apparentes. La honte devant toutes les clientes et surtout les esthéticiennes toujours impec’. C’est sans parler de la french à 40 euros complètement ruinée. Elle n’a jamais osé y remettre les pieds.

Elle aperçoit son homme qui traverse la route en clopinant pour la rejoindre. Il a toujours la carte de retrait à la main. Vraisemblablement le distributeur est encore tombé en panne. Pourtant, dans notre société, si y a bien un truc qui ne devrait jamais lâcher c’est bien le distributeur de tunes! Son mec la rejoint. Elle se rend compte qu’il flotte dans son jean. Le pauvre, lui qui avait déjà un physique taillé au couteau quand ils se sont connus. A présent tout est sec et chiffonné puis surtout il affiche une maigreur terrifiante. Elle regarde sa mâchoire émaciée qu’il tient toujours bien serrée et ses yeux bleus un peu enfoncés. Chez lui la couche de graisse est quasi inexistante malgré toutes les saloperies sucrées qu’il s’empiffre toujours avant les repas. La couleur de son polo Locoste lui fait le teint un peu jaune… Merde, voilà qu’elle le trouve moche aussi… Mais bon, elle est convaincue qu’au moins avec lui, plus d’insécurité, plus de pensées angoissantes, plus de terreurs nocturnes quand elle sort en club. Ils vont pouvoir être heureux maintenant qu’il a arrêté de descendre le stock de bières hebdomadaire du Spart du coin. De l’alcool de clochard avec l’effigie du Dieu Atlas. Et surtout maintenant qu’il se montre assidu chez Paul Emploi. En fait, c’est un peu grâce à elle qu’il s’est remis en marche et c’est un peu pour tout ça qu’elle l’a aimé de suite. Elle regarde ses enfants qu’elle trouve en toute objectivité particulièrement beaux. Non, elle n’a décidément pas tout raté à 24 ans.

L’air benêt, son mec lui souri tendrement mais prend très vite une expression plus contrariée en voyant la petite s’agiter au dessus de son frère. En marchant, il lui met une mandale sur l’arrière du crâne en lui gueulant « c’est pas bientôt fini ton cirque ? » Puis il grommèle en la direction de deux petites vieilles qui le regardent un peu effarées. La petite commence à pleurnicher en se tenant la tête. Elle, préfère allonger le pas pour éviter le drame. Elle ne voit pas bien clair de toute façon malgré le temps ensoleillé qui assurément échauffe les esprits. C’est pourtant rare un tel climat sur Lille.